Planet Fleed : Chapitre 15

Chapitre 15

Un sombre pressentiment assombrissait mon esprit. Je devais la laisser partir. Alors que je la retenais, je ne pouvais m’empêcher de la serrer dans mes bras une dernière fois et de l’embrasser. Moi, le Prince d’Euphor qui restait discret dans ses amours, ne pouvais pas cacher mes sentiments dans ce moment difficile devant mes amis et des inconnus. C’était plus fort que moi.

Et puis elle partit. Je restai cinq minutes à regarder la  porte jusqu’à ce que Pollux me rappelât à l’ordre.

Je passai une main dans mes cheveux, regardai les jeunes qui restaient encore sur place et qui attendaient des directives. Je ne savais plus ce qu’il fallait faire. Heureusement que Pollux était là, il donna les dernières missions puis me prit le bras et m’emmena à l’extérieur.

Lorsque nous sortîmes, nous fumes assaillis par la population qui s’était rassemblée à l’aérodrome en vue de participer à l’arrivée de la princesse Végalia.  Nous nous regardâmes, étonnés. Que se passait-il, ici ?

Pollux réussit à arrêter un homme effrayé qui portait un enfant dans les bras.

– Que se passe-t-il ? Pourquoi fuyez-vous comme cela ? lui demanda-t-il

– Des soldats ont tiré sur nous. Ils sont sortis des navettes qui se sont posées ce matin. Une dizaine par appareil. Excusez-moi…

L’homme reprit sa course.

– Bon sang, je n’ai pas pensé à prévenir  là-bas, gémis-je.

– Dis, ce n’est pas ton rôle de t’occuper de la sécurité. Ta priorité est de rester en vie. Tu es l’héritier, me sermonna Pollux.

– En parlant d’héritier, tu devrais retourner sur Pallas. Si Concordia est attaquée, Pallas est aussi sur la liste.

– Ne t’inquiète pas. Allons chercher les armes pour les distribuer.

Sur le chemin vers l’arsenal, nous réquisitionnâmes des hommes supplémentaires pour compléter l’équipe que nous avions déjà formée. La distribution des armes serait ainsi accélérée.

L’arsenal était situé dans une ancienne forteresse d’architecture carrée. Etrangement, elle n’était pas encore assaillie. Je fis ouvrir les portes au moment où une ombre noire recouvrit le ciel. En levant la tête, je découvris un énorme monstre vert, rond avec des grosses pattes griffues. II partait en direction du palais.

Les soldats de la garnison nous devancèrent à l’entrée des différentes réserves. Ils distribuèrent le matériel : fusils, munitions, épées. Nous entendîmes une explosion et les murs se mirent à trembler. Des parties du plafond s’écrasèrent sur le sol. Certains hommes furent touchés mais heureusement sans gravité. J’emmenai Pollux vers l’étage pour vérifier ce qui se passait. Un nuage de poussière blanche recouvrait la vue sur le chemin de ronde qui menait d’une tour à une autre. Le bruit assourdissant des navettes nous empêchait de nous entendre. Nous devions rejoindre nos propres appareils pour nous défendre du ciel. Cette forteresse n’était pas prévue pour combattre des engins aériens.

– Pollux ! Par ici. Viens, ne restons pas là.1

Je guidai Pollux lorsqu’une nouvelle vague de soucoupes passèrent au-dessus de nous et lancèrent leur rayon destructeur. Pour éviter d’être touché, je me jetai à terre mais Pollux n’eut pas cette chance. Les pierres tombaient autour de nous. Il sauta par-dessus la rambarde et se rattrapa sur le rebord d’une meurtrière qui dépassait.

– Duke, vite, aide-moi. Tire-moi de là.

– Tiens, attrape mon écharpe.

Je me penchai et lui lançai mon foulard que j’avais mis le matin même pour accueillir les veghiens. Cela me semblait déjà si lointain alors que peu d’heures s’étaient passées depuis. Tandis que je le tirai vers moi, Pollux essaya de remonter le mur. Je vis alors une soucoupe foncée sur nous.

– Duke, laisse-moi. Va-t’en immédiatement.

– Non, pas question de te quitter.

Mes mains commençaient à saigner, je perdais mes forces. La soucoupe lança un rayon qui atteint mon bras au moment même où Pollux réussit à grimper sur une avancée murale. Je le pris par les deux mains pour l’aider à rejoindre la terrasse.

– Merci Duke. Qu’est-ce que tu as au bras ?

J’étais resté un instant accroupi, tenant mon épaule droite.

– Ce n’est rien. Après avoir détruit ma planète, ces monstres vont s’attaquer à la tienne. Pollux, laisse-moi là et va défendre les tiens.

Je le regardai.

– Va-t’en !

– Duke, tu m’as sauvé la vie, je ne peux pas te laisser seul. Tu dois essayer de te sauver toi-aussi. Je peux t’y aider.

– Non, il y a une soucoupe de sauvetage dans le hangar. Prends-là et va-t’en !

– A bientôt, mon frère.

Nous nous regardâmes. Nous ne savions pas quand nous allions nous revoir. C’était peut-être nos dernières paroles. Pollux s’éloigna en courant et rejoignit la partie Nord de la forteresse pour prendre une navette. Je le vis s’envoler et fis une prière afin qu’il réussisse à s’enfuir et à rejoindre les siens.

Pollux parti, je me retrouvai seul sur la terrasse. Mon bras était blessé mais je ne ressentais pas la douleur. Je ne ressentais rien. Mon cerveau était anéanti par ce qui se passait. Accroupi sur le rebord du parapet, je vis Euphor qui s’écroulait sous les tirs groupés des engins de guerre. Ils avaient bien préparé leur coup. Comment aurions-nous pu deviner, le jour où nous devions accueillir l’héritière de Vega que celui-ci nous attaquerait ? Je devais rejoindre le palais. Mes parents avaient-ils eu le temps de se mettre à l’abri ? Et Maria Grace ? Irénius et Dame Antonella sauraient-ils la protéger ? Je devais voir Alphgar. Lui seul pouvait encore me guider sur ce que je pouvais faire. A nouveau, un groupe de navettes passa au-dessus de ma tête. Je devais d’abord me mettre à l’abri. Les réserves étaient maintenant vides. Où étaient passés les hommes ?  Je sortis du bâtiment en longeant le mur. Les gens courraient vers la forêt. J’entendais des tirs et des explosions autour de moi. Ce n’était que ruine. Le feu commençait à envahir les rues. La chaleur était étouffante. Pour me protéger, je fis appel à ma combinaison. En dehors de ce sort, la panique m’avait fait oublier les autres défenses qu’Alphgar m’avait apprises. Quel piètre soldat, je faisais ! L’urgence me fit reléguer les regrets en dernière position. Je m’approchai du palais qui était envahi par les flammes. La fumée noire enveloppait le quartier et je ne voyais pas grand-chose. Je n’avais plus mon écharpe pour protéger mon visage. Je ne savais pas où me diriger. Je courrais à perdre haleine.

Je vis apparaître une petite silhouette. Elle portait encore sa chemise de nuit. Dès qu’elle me vit, elle m’appela.

– Au secours ! Duke, au secours ! J’ai peur !

Je voulais aller vers elle mais je devais aussi donner main forte aux gardes du palais que j’entendais crier au loin.

– Tu dois rester avec notre précepteur. Il va t’emmener en sécurité. Il faut que j’aille défendre le palais.2

– Non, emmène-moi, ne me laisse pas !

– Je ne peux pas te protéger. On se reverra ma puce.

Derrière Maria Grâce, je vis Irénius qui la rejoignait. Je leur criais de rejoindre au plus vite une des navettes royales cachées derrière le palais. J’espérais qu’elles n’avaient pas encore été détruites. Je n’eus pas le temps de leur indiquer où se réfugier. Je devais les laisser se débrouiller. Mon coeur était déchiré de devoir abandonner ma petite soeur mais elle était entre de bonnes mains.

Je me détournai, les larmes aux yeux, refusant d’entendre ses cris. Je continuai mon chemin vers le palais. La grande ombre apparut à nouveau dans le ciel. Je devais rejoindre Goldorak. Je n’avais pas eu l’occasion d’essayer ses armes mais s’il pouvait nous aider à détruire les monstres d’acier, je devais essayer.

Les ennemis avaient assailli en priorité le palais royal. Les tours principales étaient tombées. Des personnes étaient coincées sous les débris. Seul le bâtiment central tenait encore. Les carreaux des fenêtres avaient explosés. Certains débris avaient été projetés sur plusieurs mètres, touchant la population qui fuyait. Sous le tir des navettes, nous ne pouvions leur porter secours. Je m’approchais de la grande entrée. Je vis des gardes couchés sur des flaques de sang. Des tirs se faisaient entendre autour de moi. Je pris un fusil et m’approchai doucement vers le hall. Je me cachai derrière une colonne et examinai la scène qui se présentait à mes yeux. Mon père et ma mère étaient debout contre la rampe de l’escalier droit. En face, la statue de Fleed était au sol, sa tête séparée avait roulé prêt de la colonne où j’étais. Mon coeur se pinça à sa vue. Comment allions nous survivre à ce déchaînement de violence ? Des soldats pointaient leurs armes devant mes parents. Mon père, digne dans son costume d’apparat, protégeait ma mère. Ils se tenaient tous les deux droits, la tête haute. Ils affrontaient ensemble l’horreur de leur planète détruite. Un officier veghien leur hurlait dessus. Ils furent emmenés à l’extérieur. Je me renfonçai dans l’ombre.

Mon père fit un arrêt lorsqu’il fut dehors. Ses épaules s’affaissèrent légèrement avant de se raidir à nouveau. Il prit la main de ma mère et la serra. Ils continuèrent d’avancer lorsque la grande soucoupe rose se posa non loin d’eux. Par sa bouche dentée, le grand monstre vert poursuivait sa destruction en jetant des flammes au-dessus de nous. L’officier criait et poussait mes parents vers la soucoupe. Sur la droite, j’aperçus Alexandrius se relever des décombres, une arme en main. Il tira sur l’officier et quelques soldats avant que ceux-ci réagissent. J’étais paralysé. Impossible de bouger. La sueur coulait le long de mes tempes. Impuissant, je vis alors un rayon frapper mon père qui s’effondra. Je courus vers lui, échappant aux tirs ennemis. Du coin de l’œil, je vis les soldats se déployer autour de nous. Ma mère s’était agenouillée quand je me jetai près d’eux. Mon père essayait de sortir un objet de sa poitrine. Je l’aidai à dégager le pendentif de la famille royale. Je me penchai pour écouter ce qu’il murmurait :

– Garde-le précieusement, fils. Il est le symbole de notre devoir. Je regrette…

Ce fut ses dernières paroles. Ma mère poussa un cri de détresse en s’affaissant contre lui. Les larmes coulaient sur mes joues, j’étais désespéré par cette catastrophe, j’eus cependant la présence d’esprit de lancer un sort pour cacher l’objet. J’aperçus à travers le brouillard de mes yeux un soldat pointer son arme vers elle et la frapper dans le dos.

– Non ! Mère !

Elle ne réagissait plus, une grosse tâche de sang s’élargissait sur sa robe verte de cérémonie.

– Nooon !

Je sentis sur ma tête une forte douleur avant de tomber à mon tour. Puis tout devint noir.

***

1/ Les textes en italique sont tires de l’épisode 71 en VF

2/ Les textes en italique sont tires de l’épisode 49 en VF

suite

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