La complainte recommandée sur…

Il y a quelques jours, j’ai reçu via le site FanFiction.net, une demande pour promouvoir « La complainte… » sur le blog http://ficisnottheenemy.wordpress.com.

C’est la première fic sur Goldorak à être mise là-bas, alors je suis toute contente et toute fière.

Merci Aerendir pour cette recommandation.

https://ficisnottheenemy.wordpress.com/2014/12/14/la-complainte-du-pays-lointain-goldorak-gen-fr/

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La Complainte d’un pays lointain – Epilogue

Epilogue

Tous les habitants de la ville se sont rassemblés au bord de l’océan, sur les hautes falaises qui surplombent la plage au sable doré. Aujourd’hui est un grand jour : le couple souverain, élu malgré leur jeunesse et bien qu’étranger à cette terre ancestrale qui ne les avait pas vus naître, inaugure le nouveau mémorial en hommage à leurs ancêtres, Actarus et Phénicia et aux Dieux protecteurs, Fleed et la Déesse-mère.

Mais celui qui sera mis à l’honneur comme chaque année est installé à côté de la structure en verre recouverte pour l’heure d’un drap, les bras ouverts, les paumes tournées vers le ciel comme dans l’attente d’une offrande. Le grand robot, qui avait vaincu tant de ses congénères les siècles précédents et qui avait ramené Fleed auprès des siens, enveloppe, de son regard, la foule venue l’acclamer. Pouvons-nous voir une lueur de joie dans ses yeux jaunes alors que les enfants courent autour de lui, apprivoisés et rassurés par cette présence gigantesque ? Son nom résonne glorieux à travers la galaxie depuis son retour après un millénaire d’absence. Celui qui faisait fuir le peuple euphorien dans les dédales des falaises, loin de la destruction de leur Capitale, est maintenant vénéré comme Fleed qui lui a fait don d’un peu de son essence.

Un petit garçon aux cheveux châtains, âgé de cinq ans environ, habillé d’une tenue d’apparat noire et rouge, tente d’attraper Lixy, le petit félin, poursuivi par une petite fille, de deux ans sa cadette, à la chevelure couleur du sable qui vole à ses pieds. Une autre enfant, légèrement plus âgée que le garçon, les surveille, les bras croisés sur son torse. Elle porte une robe émeraude bordée de dentelles blanches qui tombe jusqu’à ses pieds. Des petits elfes piaillent autour d’elle.

– Actarus, ne salit pas ton costume. Maman en sera fâchée.

Son frère fait la sourde oreille en plongeant pour effleurer l’animal qui s’échappe rapidement.

– Zut, Phéni, j’allais l’attraper.

– Ne m’appelle pas Phéni.

Soudain, un grondement retentit dans le ciel. Tous se figent et lèvent les yeux. Un appareil entre dans l’atmosphère. Il est encore trop loin pour le distinguer. Qui est-il ? Tous les invités extra-planétaires sont arrivés depuis quelques jours. Ils n’attendent plus qu’un vaisseau, peut-être deux mais c’est moins sûr pour celui-là.

La silhouette longue et profilée d’un cuirassé à la tourelle ronde en son centre et aux ailes déployées apparaît.

– C’est La Négueïra Liliumaë ! Viens Clara, on va aller le rejoindre.

Phénicia attrape la petite fille qui entoure son cou de ses bras et la taille de ses petites jambes. Les enfants grimpent le chemin, le long de la falaise. Ils ont chaud, la montée les fatigue malgré tout, l’énergie de leur jeunesse les aide à atteindre la plaine où une navette les prend en charge. Leurs parents sont à bord. Eux aussi rejoignent cet invité pour l’accueillir avec tous les honneurs. Clara se love sur les genoux de sa mère, tout aussi blonde qu’elle. Le petit garçon s’assoie, le dos droit, près de sa mère. Il repousse la main qui lisse une mèche de cheveux derrière son oreille.  Il est prince, il ne sait pas encore bien ce que cela signifie mais dans les histoires de Plagrah, les princes ne doivent montrer aucune émotion. Il ne peut pas cependant s’empêcher de lui jeter un coup d’œil. Sous l’impulsion, il tourne la tête vers elle et l’embrasse brièvement sur la joue du bout de ses lèvres humides avant de porter son regard sur le tableau de bord, fasciné par les mains de son père qui dirige l’appareil. Sa mère lui sourit. Phénicia chiffonne sa robe et mâchouille sa lèvre inférieure. Elle a hâte de revoir son parrain.

Enfin, ils arrivent sur l’astroport nouvellement créé. Ils se dirigent vers l’espace réservé aux vaisseaux proches de la famille princière. Le garçon saute de la navette, aide le bébé à en faire autant et se précipite sous le ventre de l’appareil qui commence à s’ouvrir. Sa soeur accourt derrière lui.

– Papa ! Tonton !  Parrain ! crièrent les enfants en choeur.

Les enfants se jettent dans les bras du Capitaine du vaisseau qui descend sur le tapis roulant. Il récupère dans ses bras la petite fille, dépose une multitude de baisers sur ses joues et souffle dans son cou. Ce geste la fait rire. Elle adore ce jeu. Il se penche ensuite vers le prince.

– Actarus, tu as encore grandi, toi !

– Tonton ! Comment s’est passé ton voyage ? Tu l’as amené avec toi ? Tu l’as amené, dis ? répète le garçon, impatient de découvrir celui que son oncle lui décrivait dans ses histoires.

L’homme secoue la tête.

– Non, je n’ai trouvé aucune trace de lui. Peut-être que le vieux sorcier aura eu plus de succès que moi.

Il caresse la joue de Phénicia.

– Comment vas-tu, ma grande ? Tu es toute en beauté dans ta robe.

– J’aurais bien aimé porter un pantalon mais maman a exigé cette tenue, grimace-t-elle.

Il éclate de rire avant de reporter son regard sur les trois adultes qui attendent tranquillement derrière les enfants. Il s’approche de la femme blonde qu’il enlace et qu’il embrasse sur la bouche.

– Nayda, toujours aussi belle.

Elle lui sourit, discrète. La gardant près d’elle, un bras autour de sa taille, il se tourne vers le couple.

– Kôji, Hikaru. Je suis content d’être de retour. Ce voyage n’a pas été une partie de plaisir mais nous l’avons enfin acculé à la reddition, depuis le temps. Le Calypso l’emmène sur Concordia pour son procès.

– Tu n’as pas réussi à le joindre, non plus ? demanda Hikaru, un peu déçue.

– Non.

– Dommage, je n’ai pas eu l’occasion de le remercier pour l’aide qu’il a apportée et pour t’avoir ramené parmi nous. C’était l’occasion.

Takeushi, le visage marqué par la balafre qu’il avait reçue lors de sa capture par les Kaimoni, lui prend la main et la porte à ses lèvres.

– Il est homme à refuser les remerciements. Nous savoir tous sain et sauf a été suffisant pour repartir vers sa propre dimension, assure-t-il, avec néanmoins une lueur triste dans ses prunelles marron.

– Oui mais…

Il caresse sa joue de son pouce.

– Je sais. J’aurais aussi aimé continuer ma route avec lui…

– C’est un solitaire, comme toi.

Kôji tape amicalement dans le dos de son ami.

– Tes compagnons ne descendent pas ?

– Ils arrivent, répond Takeushi, un sourire aux lèvres, en chiffonnant les cheveux d’Actarus. J’étais pressé de voir ces petites têtes blondes.

Clara descend des bras de son père pour rejoindre Actarus qui s’approche du vaisseau.

– Je te le ferai visiter plus tard, lui promet son oncle. Viens maintenant, la fête va commencer et j’ai hâte de revoir Goldorak.

***

Hikaru, Phénicia et Actarus, assis sur la tribune réservée aux invités d’honneur, entourés de Vadim, Nayda, Takeushi, Clara sur ses genoux, Caspéric et d’autres représentants de la Confédération, assistent à la découverte du monument en mémoire des disparus des guerres galactiques. Kôji, aux commandes de Goldorak, dévoile au monde la sculpture restaurée qu’Actarus le Grand avait gravée, mille ans plus tôt, pour montrer aux futures générations les exactions de Vega. A ses côtés, une gravure en tryptique de trente mètres de haut décrit la dernière bataille. Sur le panneau de gauche, dans le bas-relief, la soucoupe de Goldorak quitte la Terre pour rejoindre Euphor ; au centre, le robot combat les deux golgoths tandis que le visage de Hikaru auréolé d’une lumière dorée tient devant elle en coupe, les deux médaillons. Sur le volet de droite, les deux vaisseaux, La Négueïra Liliumaë et l’Arcadia flottent au-dessus de la sphère dans laquelle l’essence de Kuroi Akuma ondule entouré d’un halo noir ; deux ombres dont le spectateur ne voit que le dos pointent leurs armes vers le milieu, l’une porte une cape noire bordée de rouge, l’autre, son uniforme déchiré sur l’épaule. Le montant central de la peinture met face à face Fleed et Kuroi Akuma, le ciel sombre représente les nuages orageux nimbés d’éclairs ; Goldorak, un genou au sol, protège de ses mains, Kôji et Hikaru, enlacés, les mains jointes, le visage tourné vers le duel.

Le public applaudit à la magnificence de l’œuvre. Actarus, le petit Prince, se lève et veut rejoindre son père dans le robot. Il adore quand Goldorak le porte sur son énorme main. Sa mère le retient un instant. Elle est inquiète. Il manque une personne importante pour Euphor. Il doit être là même s’il ne veut pas non plus recevoir les honneurs. L’homme de ses pensées, Plagrah, se matérialise à l’instant près d’elle. Il arbore sa mimique mystérieuse. Elle lève un sourcil interrogatif. Un éclair illumine un instant ses prunelles grises mais il ne dit rien. Il tourne son visage vers la cérémonie du baptême et applaudit lui aussi devant la beauté qui se présente à ses yeux. Hikaru laisse son fils partir en avant sous la surveillance de son ainée. Elle les suit plus lentement, arrêté par son peuple venu lui rendre hommage. Elle sourit en gardant un œil sur ses enfants même si elle sait qu’il ne leur arrivera rien. Elle approche de Goldorak quand soudain le silence l’entoure. Elle en cherche la raison jusqu’à ce qu’elle remarque les visages levés vers le ciel. Sa venue s’est faite discrète alors que tout le monde se réjouissait et se remémorait les événements qui avaient libéré Euphor de son aura de planète mystère. Un magnifique vaisseau vert, arborant une tête de mort qui fait frissonner la jeune femme, descend lentement vers le site, son drapeau noir flotte sur le pont arrière. Il stagne au-dessus de l’eau pendant que son Capitaine s’approche, debout sur un transporteur rétro-pulsé et rejoint le géant d’acier : un regard, un salut de son gravity saber avant de sauter sur le sol, sa cape volant derrière lui. En trois enjambées, il parcourt la distance qui le sépare de Takeushi qui l’étreint en le frappant dans le dos, incapable de retenir ses larmes. Il pivote ensuite vers le couple qui se tient la main et qui se penche vers lui en témoignage du respect qu’il ressent pour les avoir sauvés de l’anéantissement, lui, l’étranger à cette dimension.

L’apothéose de la journée restera marquer dans les souvenirs de toutes les personnes présentes. Goldorak, mû par une pulsion soudaine, s’incline et ramasse de sa main d’acier, les quatre protagonistes, héros bien malgré eux de la galaxie. Il fait face à l’océan où tous peuvent admirer le cercle orangé de la Croix du Sud entourer de ses rayons L’Arcadia, La Negueïra Liliumaë et la soucoupe du robot venue s’intercaler entre les deux vaisseaux.

FIN

Sommaire

La complainte d’un pays lointain – 28

Chapitre 28

L’Enfer ! Oui, c’était bien le nom que l’on pouvait donner à cet endroit dont la fournaise rendait l’atmosphère irrespirable. Un pont en pierre, à demi effrité, traversait le lieu et séparait une rivière de lave où les geysers de feu sautaient jusqu’à eux formant des silhouettes éthérées aux visages grotesques, la bouche ouverte, les orifices des yeux vides et larmoyants, aux cris insoutenables.

– Ne regarde pas ! Avance ! furent les seules paroles d’Harlock depuis leur entrée dans la montagne. Il posa un pied sur le pont, les mains prêtes à attraper une de ses armes.

Takeushi ne put s’empêcher malgré l’injonction de tourner son visage vers une ombre suffisamment proche pour attirer son attention. Ses oreilles se remplissaient de gémissements lancinants : « Pourquoi ? Pourquoi, tu nous as détruits ? Que t’avons-nous fait ? Pourquoi ? Pourquoi ? ». Le visage des anonymes des planètes conquises par son entremise se dessina déformé par la souffrance et l’horreur. D’autres fantômes les rejoignirent et la ritournelle s’amplifia, obligeant le jeune homme à s’accroupir, les mains sur les oreilles, le renvoyant aux heures de combat de la dernière planète anéantie sous le joug de Kortchak. Il était responsable de ces disparitions, des vies humaines innocentes, des femmes et des enfants qui s’agglutinaient autour de lui, le faisant reculer vers le bord de la crevasse, inconscient du danger dans lequel il était, tout à sa culpabilité.

– Le passé est le passé. De tes erreurs, tu as appris à devenir homme et à te battre maintenant pour la liberté. Surmonte ta peur. Ne les laisse pas gagner !

La cruauté froide de ces paroles sans émotion atteignit son cerveau. Il revit Hikaru, son visage exsangue d’épuisement. Non, elle ne l’avait pas sorti de la torture des Kaimoni pour plonger dans l’enfer de son âme. Il enleva les mains de ses oreilles et ouvrit les yeux. Devant lui, ne s’étendaient plus que le pont et les geysers.  Harlock s’éloignait, sa cape flottant autour de lui sans qu’une seule étincelle de feu ne vienne la lécher. Il le suivit, gardant un œil attentif sur le pont mais l’esprit tourné vers son amie comme un fil conducteur. La chaleur intenable le ralentissait : sa respiration saccadée le gênait dans sa marche, la transpiration coulait le long de ses tempes, trempait ses vêtements déchirés, la douleur de sa blessure s’accentuait le faisant grimacer. Il soutenait son épaule de sa main valide quand il perdit l’équilibre. Son pied vint frôler le bord du pont, détachant quelques pierres qui tombèrent dans la lave. Il se redressa et reprit sa marche d’un pas chancelant. Harlock l’attendait impassible à deux mètres sur une surface redevenue plane et à peu près sûre. Avait-il lui aussi été sujet aux hallucinations ? Takeushi admirait sa force tranquille apparente. Un homme qui malgré les tortures subies gardait la tête haute et ne laissait rien ni personne l’entraver. Lorsqu’il arriva, il s’écroula à ses pieds, les mains posées au sol.

– Debout, Take. Notre périple n’est pas terminé. J’aimerais sortir d’ici au plus vite.

Le pirate lui tendit sa gourde.

– Bois. C’est chaud mais cela aidera ta gorge asséchée.

Ils suivirent un chemin dont la fraîcheur contrastait avec le lieu précédent. Une lueur bleue les guidait de loin, de même un battement assourdi pulsait régulièrement. Arrivés près de l’ouverture, ils s’accroupirent derrière un rocher suffisamment grand pour les cacher. La caverne était ronde d’une superficie de dix mètres de diamètres, les parois lisses reflétaient la lumière qui pulsait au centre. Une étrange sphère tournait lentement sur elle-même et flottait à quelques centimètres au-dessus d’un autel. Elle était entourée de deux anneaux qui émettaient un sifflement en se croisant. La pulsation venait d’un étrange amas de chair gluante dont la forme semblait représenter un cerveau avec des artères rougeoyants qui se bougeaient dans un mouvement ondoyant. Rien indiquait que la pièce était gardée, cependant, méfiants, les deux hommes longèrent chacun un côté, examinant attentivement chaque recoin. Ils pointèrent leurs armes en vis-à-vis sur la sphère et tirèrent.

***

Kôji caressait les cheveux de sa femme et l’embrassait éperdument lorsqu’une secousse les bouscula au sol. En se redressant, il découvrit à travers la paroi en verre un monstre métallique jeter des rayons rouges sur la soucoupe de Goldorak.

– Bon sang… Hikaru, je te confie mon médaillon, lui dit-il en déposant dans ses mains le pendentif étoilé. Tu dois l’insérer sur la tablette dans la colonne du milieu quand je te le dirai. Et surtout, reste là. Plagrah, je vous la confie.

– Ne t’inquiète pas mon garçon. Vas vite.

Il courut à l’extérieur, rejoignit, d’un bond, le cockpit sous le feu croulant des tirs ennemis, ralluma les réacteurs et décolla pour faire face au golgoth. Ce dernier se déploya en un animal que ne renieraient pas les paléontologues des planètes nouvelles : la tête avait la puissance d’un tyrannosaure, les pattes antérieures d’un kangourou, les cercles qui servaient de soucoupe prolongeaient des bras aux poings puissants. Kôji jeta le pulvonium sur la tête et lança aussitôt les fulguropoings pour le repousser cependant le robot ennemi évitait chaque arme avec agilité et rapidité. Il décida de larguer Goldorak pour avoir plus d’espace et de mouvement mais lors de sa manœuvre, le golgoth profita pour l’attaquer et l’assommer derrière la nuque. Goldorak roula sur lui-même, se mit sur le dos ce qui permit au jeune homme d’actionner le rétrolaser de sa jambe handicapée. Il grimaça en ressentant un léger pincement aux jointures de sa prothèse. Une fois l’adversaire repoussé à 50 mètres du sol, il se releva et s’apprêta à lancer une violente décharge électrique de ses cornes quand il fut interrompu par un choc dans son dos. Un deuxième robot, un mélange entre un aigle et un dragon, venait de faire son apparition en balançant de sa main en forme de serre une longue queue, terminée par un boulet en pointes d’acier. Goldorak se jeta à nouveau au sol pour éviter le jet. Pris en tenaille entre les deux monstres, Kôji réfléchissait rapidement à une stratégie pour s’en défaire. Un missile attira l’attention d’un des deux et il en profita pour sortir une hallebarde qu’il projeta sur le volatile de métal. Le coup arracha un bras ce qui le déséquilibra.

Les escadrilles du Calypso, venues en renfort, combattaient les mini-navettes rondes qui accompagnaient les monstrogoths. Se rendant compte que certains éclairs se répercutaient contre la façade en verre du mausolée, Kôji appela Yori qui le protégeait au-dessus de lui.

– Yori ! Yori ! Tu m’entends ? Il faut préserver intact la construction en verre. Tu peux diriger la bataille vers un lieu plus éloigné ?

– D’accord. Attention ! L’oiseau derrière toi…

– C’est pas vrai ! Allez, Goldorak, montre-leur ce que tu sais faire. Mon vieux, on n’est pas sorti de l’auberge avec ces deux-là. Fulguropoing ! Cornofulgure ! cria-t-il.

Chaque coup détruisait la carapace de l’adversaire mais pas suffisamment pour le détruire. Dans le même temps, il utilisa sa soucoupe pour combattre le Tyrannosaure qui revenait à la charge.

– Récupération ! Planitrons !

Les cercles pointus de la soucoupe arrachèrent les bras. Il continua sur sa lancée en sortant les astérohaches des épaules de Goldorak. Il leva bien haut son bâton aux lames aiguisées, le fit tournoyer avant de l’envoyer fendre en deux le corps d’acier.

S’il survivait à ce double assaut pour son deuxième combat, il mériterait amplement une médaille. Quoiqu’à la réflexion, il préférerait plutôt partir se cacher avec Hikaru et profiter de leur lune de miel.

– Un de moins, se félicita-t-il en le voyant exploser. Où est l’autre ? Cela fait longtemps qu’il ne m’attaque plus !

En tournant la tête de Goldorak vers la coupole, il se figea, paralysé. La queue de l’oiseau donnait des coups de massue sur la toiture, la fendillant à chaque fois. Il courut pour le déloger.

– Cabré ! Akiléochoc !

Il déstabilisa le golgoth qui retourna son attention vers lui. Un éclair jaillit de ses yeux vers ceux de Goldorak ce qui l’éblouit. Kôji porta son bras à son visage pour s’abriter de la lumière aveuglante. Il ne pouvait pas utiliser le rétrolaser, la position trop proche pouvait faire retomber le monstre sur le mausolée au risque de faire écrouler la structure déjà bien fragile.

– Attends, Kôji, je vais lui lancer quelques missiles sur sa tête, l’informa Yori via la radio.

– Tire vers le bec et la corne entre ses deux yeux.

– Je vais essayer.

Soudain, Goldorak fut libéré. Son pilote souleva son casque pour essuyer la sueur qui coulait sur son front.

– Oh non ! Pas ça ! s’exclama-t-il en voyant le nuage noir qui se précipitait sur eux, bien trop rapidement. Fleed, ton propre adversaire arrive. J’espère que tu sais ce qu’il faut faire, car là, je n’en ai aucune idée.

Un léger tremblement le secoua et l’empreinte du pendentif s’éclaira sur le tableau de bord.

– Oui, bien sûr !

Il contacta Hikaru par télépathie.

– Ma puce, tu dois maintenant associer les médaillons. Vite !

– D’accord. Comment vas-tu ?

– Ne t’inquiète pas pour moi. Fais ce que je te dis et mets-toi en sécurité si tu le peux. Ça risque d’être encore plus violent.

***

Hikaru tenait ses deux mains jointes sur sa poitrine en regardant Goldorak virevolter entre les deux golgoths. Elle ne pouvait pas détacher son regard, émerveillée par la majesté de l’Invincible tout en étant effrayée pour son mari. Sous les coups furieux d’un des monstres, la structure se mit à trembler et des paillettes de verre tombaient du plafond. Dérangée dans sa contemplation, elle se réfugia à genoux derrière la colonne centrale, les bras autour de son ventre et pria de toutes ses forces, les yeux fermés. Plagrah, lui aussi, s’était positionné en lotus et méditait, propulsant par sa pensée sa force vers les combattants. Lorsque l’appel de Kôji la sortit de son recueillement, elle décrocha le médaillon de son cou et le déposa sur l’empreinte de la tablette à côté de celui de son époux. Aussitôt, les deux bijoux s’illuminèrent et une volute de fumée blanche jaillit. De l’autre côté, Goldorak, en mouvement d’attaque de son cornofulgure, s’abattit la face contre le sol. Un rugissement retentit de sa bouche faisant frémir l’air ambiant. Il se répercuta sur les montagnes desquelles se détachèrent des rochers, sur le fond de l’océan qui s’agita en tsunami, sur le vent qui se leva en tornade. Le nuage noir freina et se métamorphosa en un géant de brouillard de ténèbres. Des éclairs fusèrent de toute part vers la silhouette blanche et étincelante qui se profila à côté du robot qui l’avait hébergée pendant un millénaire.

Kôji, assommé par la chute, se réveilla pour assister au début du combat entre ces deux entités divines. Puissance et force se faisaient face. C’était à celui qui gagnerait du terrain. La vengeance et la haine étaient le moteur de cette bataille.

Le dernier golgoth profita de l’incapacité de Goldorak pour lui envoyer à nouveau un rayon laser qui paralysa tous ses circuits. Kôji se raidit sur son siège, supportant la douleur avec difficulté. Fleed, par sa présence, assimilait un maximum de choc. Le jeune homme ressentait maintenant son absence dans les tréfonds de son âme qui ne faisait plus qu’un avec le robot. Il jura.

Kôji, que puis-je faire pour toi ? demanda anxieuse Hikaru qui le voyait se débattre par l’intermédiaire de Goldorak pour reprendre les commandes.

– Reste en dehors de cela, râla-t-il. C’est trop dangereux pour toi. Je ne veux plus que tu te fatigues.

Ça va. Plagrah et la Déesse m’ont permis de me régénérer et le bébé est protégé dans une bulle.

– Vois-tu où est Yori et l’escadrille ?

– Avec la tempête, non. Tout est gris et nuageux.

Elle s’exclama soudain et porta la main à sa bouche.

– Le monstre a sorti un genre de dard de son ventre. Il s’apprête à te perforer le dos.

– C’est ce qu’on verra… Récupération !

Avec un ultime effort, il réussit à se retourner et à appuyer sur le rétrolaser. La soucoupe tardait à venir. S’était-elle écrasée sur les flancs des montagnes environnantes ? Inquiet, il mit cependant cette interrogation en arrière-pensée. Le golgoth revenait à la charge et il ne pouvait toujours pas se lever. Il sortit une seule astérohache de son épaule et le tint à deux mains face à lui juste à temps pour que son adversaire, surpris par cette défense inattendue, soit découpé en deux. Des jambes, Kôji le repoussa, le faisant passer au-dessus de lui. Le robot volatile explosa en l’air, les morceaux d’acier s’éparpillèrent sur le sol environnant.

Le duel entre Kuroi Akuma et Fleed continuait à faire rage. Aucun ne laissait le terrain à l’autre.

Il nous faudrait un miracle pour décider de la victoire, murmura Hikaru, partageant sa pensée avec son mari.

– Oui. Je ne peux rien faire. Goldorak n’est pas suffisamment puissant pour s’interposer sans présence divine dans ses circuits.

J’espère que Take et Harlock réussiront bientôt à atteindre le cœur de Kuroi Akuma. Il n’y a plus qu’eux comme espoir.

La prière dut passer à travers les dimensions. Au moment où un éclair blanc jaillissait de Fleed, Kuroi Akuma poussa un rugissement atroce. Des filaments orangés parcoururent le nuage et absorbèrent la matière qui s’amenuisa au fur et à mesure jusqu’à une totale disparition.

***

Un simple regard entre eux, un signe de tête et, d’un mouvement simultané, comme un pas de danse, ils pointèrent leurs armes, l’un son simple pistolet, l’autre son gravity saber, et tirèrent sur la sphère bleutée qui gardait jalousement le cœur du Dieu démon.

Une explosion les éclaboussa de chair gluante et les rejeta contre les parois de la caverne. Le sol se mit à trembler, des fissures apparurent sur le plafond, détachant les roches qui tombèrent en pluie torrentielle.

– Tout va s’écrouler. Il faut partir d’ici. Cours ! ordonna Harlock.

Il contourna les débris et attrapa le bras de Takeushi pour le tirer vers la sortie. Ce fut une course poursuite pour sauver leur vie. Ils franchirent en un instant le premier couloir sombre pour arriver à la rivière de lave dont le pont s’effilochait sous les secousses. Takeushi trébucha sur la caillasse qui parsemait le sol, perdit l’équilibre et roula sur le bord. Son corps plongea au-dessus de la lave en fusion qui se déchainait. Il ne se maintenait qu’à la force des doigts de son bras valide qui serraient la pierre brulante. Il agita les jambes pour prendre de l’élan mais, sans son deuxième bras, il glissait de plus en plus. Une poigne ferme le souleva et le remit sur le pont. La course se poursuivit ainsi jusqu’à l’entrée du tunnel, bouché par l’effondrement de la grotte. Ils tentèrent de déplacer les pierres, morceaux par morceaux, sans succès. Elles étaient trop lourdes et eux, trop exténués par les privations des derniers jours. Ils s’affalèrent assis, les jambes allongées, la tête en arrière, dans une posture jumelle.

– Que pouvons-nous faire ? Je ne pensais pas mourir ici, chuchota Takeushi. J’espère qu’au moins notre sacrifice a abouti à la destruction de Kuroi Akuma et de sa clique.

– Ne perds jamais espoir, lui dit alors Harlock, d’une voix à peine audible. Tant que tu as un souffle de vie.

Il porta son regard sur la terrasse qui se divisait sous la pression de la lave et des tremblements souterrains. Soudain, un sourire se dessina sur ses lèvres. Il leva son œil marron sur le plafond.

– Debout ! Allez, bouge-toi !

Il aida son compagnon à se remettre sur ses jambes, le maintint par le poignet pour éviter la perte d’équilibre et le surveilla du coin de l’œil afin de pouvoir le retenir s’il avait le malheur de s’évanouir. Le jeune homme luttait contre la souffrance de son épaule lacérée.

Un grondement retentit dans la caverne se mélangeant au bruit de succion de la lave contre les rochers. Une grande lame d’acier trancha la montagne, augmentant les chutes de pierres autour d’eux. Ils s’abritèrent derrière de gros blocs. Lorsque la poussière noire qui les enveloppait s’évapora grâce à la forte température du lieu, ils découvrirent l’Arcadia, majestueux avec sa tête de mort surmontant son tranchoir de proue. Seul l’avant avait pénétré dans la grotte. Un filin sortit de sous son ventre qu’Harlock attrapa. Puis, il entoura Takeushi par la taille et dès qu’il donna un léger coup, la corde en métal remonta.

– Bienvenue à bord, Capitaine, lui annonça Tôchiro de sa voix identique à celle de son vivant bien qu’il parlât maintenant par l’intermédiaire de l’ordinateur.

– Merci de nous avoir localisés et sortis de ce merdier. Direction Mimey.

– C’est parti.

***

Hikaru se précipita dehors et courut rejoindre Kôji qui s’était extirpé de Goldorak. Le géant était debout face à la mer, les bras le long du corps. Les éléments s’étaient calmés à la fin du duel, dégageant à nouveau un ciel bleu, sans un nuage blanc, ni noir. Les deux petits elfes voletèrent autour du jeune couple enlacé qui se blottissait l’un contre l’autre, savourant leur retrouvaille et leur soulagement, inconscient des personnes qui les entouraient.

Plagrah et Yori les regardaient, un sourire au coin des lèvres. Derrière eux, deux silhouettes, auréolées d’une lumière dorée, se formèrent, l’une étreignait la taille de l’autre tandis que celle-là entourait les épaules. Elles couvaient d’un regard bienveillant les héritiers d’Euphor, heureux de se retrouver après un millénaire de séparation.

La Croix du Sud descendait doucement sur l’eau calme de l’océan, étendant ses rayons couchants sur ces êtres et sur le robot, toujours Invincible et vaillant, protecteur des peuples et de la paix.

(à suivre)

La Complainte d’un pays lointain – 27

Chapitre 27

Plagrah allongea, sur l’herbe, Hikaru toujours évanouie que la Déesse avait ramenée sur Euphor. Il avait déboutonné le haut de sa tunique pour la dégager et lui donner plus d’espace à sa respiration. Il souleva une paupière puis l’autre, tata son cou à la recherche du pouls puis posa sa main sur la poitrine au niveau du cœur. Enfin, il découvrit son ventre et l’ausculta. Il passa plusieurs fois au-dessus de l’utérus, hésitant sur son diagnostic.  Il se concentra sur ses paumes et diffusa une douce chaleur, caressant la peau satinée pour rassurer le petit être qui se réfugiait au creux de son berceau utérin, effrayé par l’absence subite de sa mère.

– Qu’a-t-elle ? s’inquiéta Caspéric.

– Notre jeune couple nous fait la surprise d’un héritier.

– Quoi ? Mais…

– Oui. Inconsciemment ou non, pour ce voyage inter-dimensionnelle, Hikaru s’est mise en danger et son bébé avec.

– Vous pouvez l’aider ?

– En dehors du repos, je ne peux pas faire grand-chose. J’ai calmé le petit qui était déjà sous un sort de protection. La Déesse lui a donné sa marque.

– Il faut rapidement l’amener au village.

– Oui. Tu peux la porter ?

– Bien sûr.

***

La salle où ils pénètrent était d’une hauteur impressionnante au point qu’ils ne pouvaient distinguer le plafond. Des colonnes de deux mètres de diamètres jalonnaient un couloir sans fin. Des torches, suspendues sur les parois rocheuses, donnaient une atmosphère étouffante et lugubre, accentuée par les déchets qui jonchaient le sol. Ils réprimèrent chacun un haut-le-cœur en découvrant des squelettes autant humains qu’animaux, d’excréments ou de viscères séchés, de flaques d’un liquide noirâtre dont il ne fallait pas réfléchir à la composition.

Harlock sortit son cosmogun de son étui tandis que Takeushi attrapa une torche qu’il tendit devant lui de son bras blessé tout en maintenant fermement de son autre main son pistolet. Aucun bruit en dehors des craquements d’os brisés sous leurs pieds ne les atteignait. Plus ils avançaient avec prudence en scrutant les recoins vers le fond de la salle, plus les ténèbres les enveloppaient. Ils retenaient leur respiration à chaque pas, s’attendant à chaque instant d’être devant un monstre venu des fins fonds de leur imagination. La peur s’infiltrait sous la peau du jeune garçon qui ne put se défaire du léger tremblement qui commençait à atteindre les muscles en plus de la chaleur suffocante qui lui donnait des étourdissements. Au détour d’une colonne, un brouillard rouge bloquèrent leur vision. Harlock tendit le bras pour barrer leur progression. Devant eux, le sol s’arrêtait net. En se penchant légèrement, ils découvrirent à quelques centaines de mètres, un cratère rempli de lave bouillonnante. Takeushi tourna sur lui-même, la torche levée au-dessus de sa tête. Il signa un passage sur sa gauche qu’il se mit à emprunter. La grande carcasse du Capitaine balafré, bien qu’efflanquée, se cogna contre l’étroitesse de l’espace. Il devait se courber pour ne pas se cogner aux pics rocheux très effilés. Ils descendirent ainsi, tantôt en rampant, tantôt en glissant sur un sol gluant. Enfin, ils atterrirent dans une caverne. Ils s’assirent, adossés à la paroi pour se souffler. Leur repos fut de courte durée. Un raclement suivi d’un grognement et l’apparition de deux yeux rouges les firent se lever. Une patte griffue vint racler l’air devant eux. Ils se reculèrent précipitamment mais furent coincés par le mur. Harlock tira plusieurs salves de son cosmogun tandis que le monstre continuait à battre l’air. Chaque tir le faisait reculer mais aussitôt, il prenait son élan pour se jeter sur eux. Enfin, le bruit d’une chute leur indiqua que la persévérance du pirate avait gagnée. Takeushi réprima la peur qui l’avait paralysé et s’approcha de la bête. Allongée sur le sol, elle était haute de trois mètres, sa peau luisante était parsemée d’écailles, son dos avait une ligne de crêtes noires, les pattes étaient courtes et le corps se terminait par une queue épaisse à la base et dont le bout avait la forme d’un triangle.

Harlock le contourna pour se diriger vers une porte en fer que semblait garder cet animal. Il tira à nouveau sur la serrure et poussa de son pied la porte qui claqua contre le mur de la pièce suivante.

***

Kôji poussa les réacteurs de Goldorak à pleine puissance et pénétra dans l’atmosphère d’Euphor au point Zéro. Le paysage qui s’offrit à lui dès qu’il passa les nuages blancs de haute altitude était d’une beauté stupéfiante. Des kilomètres de forêt vierge à perte de vue, des rivières d’une eau scintillante qui serpentaient à l’intérieur, des lacs, des montagnes dont le sommet enneigé étincelait sous les rayons de la Croix du Sud. La nature avait repris ses droits en un millénaire, profitant de l’absence d’êtres humains pour recréer un environnement sain et prospère. En descendant vers la zone prévue, il remarqua les restes d’une civilisation : là une construction en pierre, ici une statue ou encore plus loin, un terrain asphalté. « Serait-ce la Capitale ? » se demanda-t-il. Il guida sa soucoupe vers la mer. Son eau bleu presque vert clair donnait envie de s’y plonger. Elle se jetait sur du sable fin et doré sur des milliers de kilomètres. Il diminua la vitesse et amorça son atterrissage devant un amoncellement recouvert de mousse, de racines et de fleurs. Il resta dans sa cabine, ému par ce qu’il voyait.

– Nous revoici sur le sol natal. Bienvenue sur Euphor, Goldorak. Prince d’Euphor, tu serais heureux de voir ta planète revivre et si magnifique. Puissent les dieux la laisser aussi pure.

Il ferma les yeux et se concentra sur sa bien-aimée, espérant un signe de sa part. Il buta contre… du vide. Il serra les doigts sur les leviers qu’il n’avait pas lâchés. Son pouls s’accéléra. Ce vide n’était pas normal. Il essaya à nouveau d’atteindre le fil de son âme. Même s’ils étaient encore éloignés géographiquement, le fait d’être sur la même surface devrait au moins lui permettre de détecter un signe de vie. Leur séparation de trois mois était trop longue. Inquiet mais déterminé à finir au plus vite la mission afin de la rejoindre, il sortit de la soucoupe et se précipita vers le mausolée. Il dégagea le feuillage pour découvrir la construction que Phénicia et Actarus avaient construite avant de quitter définitivement et le cœur lourd leur planète natale. Le verre épais miroitait de mille couleurs. Il passa sa main gantée sur la surface et fut surpris par la chaleur qui se propagea le long de son bras en un sentiment réconfortant comme si la matière reconnaissait le sang de celui qui l’avait érigée. Son médaillon, caché sous la tunique de son uniforme, chauffa doucement. Il le sortit et le vit briller lui aussi. Un chatouillement sur sa jambe lui fit baisse la tête. Deux petits êtres ailés volaient autour de lui en émettant un bourdonnement. Lorsqu’ils s’aperçurent qu’il les avait repérés, ils s’enfuirent et se cachèrent derrière un petit rocher. Kôji, subjugué par leur beauté, s’accroupit et les appela d’une voix calme. Doucement, ils sortirent leur tête pour le dévisager. Le plus téméraire s’avança mais fut aussitôt retenu par son compagnon qui se mit à gesticuler et à bourdonner plus violemment.

– Je ne vous ferai aucun mal. Venez, insista le jeune homme en tendant une main.

Le premier réussit à se dégager et se positionna devant le nez de Kôji. Il ne mesurait pas plus de cinq centimètres. Son corps présentait les caractéristiques de l’être humain : un visage allongé aux traits fins, deux yeux bridés aux prunelles émeraude, une bouche fine et grande, des oreilles pointues, des cheveux blonds, des mains aux doigts effilés et légèrement palmés comme les orteils des pieds. Deux petites ailes dans le dos  battaient rapidement pour maintenir son vol à la hauteur de l’étranger. Il couina tout en faisant un geste vers la mer puis pointa un doigt vers sa poitrine en sortant un autre son. Kôji ne comprit pas ce qu’il voulait dire. Le petit être répéta la même gestuelle plusieurs fois. Il rougissait d’énervement devant l’incompréhension de ce géant. Abandonnant une discussion à sens unique, il l’invita à le suivre vers le monument, le longea pour rejoindre la partie adossée à la roche de granite rosée où un symbole identique à son médaillon était dessiné sur la surface. Dès que Kôji apposa son pendentif sur l’empreinte, une porte s’ouvrit en deux permettant l’accès à l’intérieur des données visibles de la surface polie. Il avança jusqu’à une estrade ronde au centre. Une énergie sembla sortir sous ses pieds, diffusant des lumières bleues qui éclairèrent l’ensemble et réveillèrent les appareils en sommeil. L’hologramme d’Actarus apparut alors d’abord grésillant puis un peu plus net au fur et à mesure que la luminosité remplissait la pièce.

– Bienvenue sur Euphor, jeune descendant. Tu es le représentant de la lignée des princes d’Euphor, gardiens de Fleed, notre Dieu protecteur. Ce mausolée représente la mémoire de tout un peuple et de toute une galaxie. Il se veut le garant de la paix dans l’univers et l’anéantissement de tout le mal par la connaissance et la sagesse. Sache en faire bon usage. Pour l’honneur d’Euphor et de Fleed.

L’image crachota brièvement puis la voix reprit incertaine de ce qu’il disait.

– Ta présence en ces lieux indique que la planète revit. J’en suis heureux. Et si tu es porteur du pendentif, c’est que j’aurais réussi avec ma sœur à fonder une famille avec ceux que nous aimons sur Terre. Je dois te parler d’une dernière chose importante mais dont je ne comprends pas la signification. Peut-être seras-tu plus à même de l’appréhender. Sous le tableau de contrôle de l’estrade centrale, tu trouveras un bouton que tu dois activer. Une tablette apparaîtra où tu devras déposer les deux médaillons, héritage des deux lignées de la famille. Cela réveillera un sort puissant dont tu auras besoin pour un dernier combat. Mon rêve ne m’en a pas dit plus, cependant je sais que cela a une importance pour l’avenir.

Kôji enclencha ce que son ancêtre lui indiquait. Il vit en effet deux espaces étoilés sur la console. Il soupira inquiet. Il devait absolument rejoindre Hikaru et l’amener ici. Il aurait souhaité l’épargner et lui éviter un face à face avec les forces du mal mais le destin en décidait autrement.

Il sortit du bâtiment pour regagner l’intérieur de la soucoupe. Il tenta à nouveau de se connecter à l’esprit d’Hikaru. Cette fois, il se heurta contre une barrière. Il insista en projetant son amour et le vide qu’elle laissait en lui. Petit à petit, il réussit à s’infiltrer :

– Hikaru, ma mie, réponds-moi. Hikaru ! Que se passe-t-il ?

L’esprit de sa femme dormait, enfermé dans un cocon fin. Il s’aperçut alors d’un deuxième souffle de vie. Le fil, encore léger, hésitait à le rejoindre.

– Bonjour, toi, murmura Kôji. Tu as donc décidé d’agrandir la famille. J’ai hâte de faire ta connaissance mais pour l’instant, je dois absolument réveiller ta maman.

Il caressa doucement le fil de vie et se concentra à nouveau sur la jeune femme.

– Merci pour le cadeau que tu me fais. Il faut maintenant lui offrir un monde en paix et j’ai besoin de toi. Hikaru, s’il te plait, réveille-toi.

Il sentit un frémissement.

– Kôji ?

– Oui. Je suis sur Euphor au point Zéro. Il faut que tu viennes ici avec ton médaillon. Je viens te chercher avec Goldorak.

– Non, c’est trop long, dit faiblement Hikaru. Je sens que la fin est proche. Je…Reste connecté, je vais te suivre.

– Hikaru, non, s’insurgea Kôji, devinant le prochain geste de sa femme. Je te défends de te mettre en danger ainsi que le bébé. Tu es trop faible.

– La Déesse et Plagrah m’aideront…

Sachant qu’il était inutile d’insister, il continua à maintenir le lien spirituel avec sa compagne jusqu’à son arrivée.

***

Caspéric, qui veillait Hikaru en lui tenant la main, n’osait pas la quitter des yeux. Etendue sur un lit d’herbe fraîche, elle dormait sans signe d’un réveil proche depuis leur arrivée, le jour précédent. Il s’inquiétait de ce coma prolongé et l’environnement rustique dans lequel vivaient les euphoriens ne le rassurait pas. Il sentit soudain un frémissement parcourir ses doigts. Une brusque inspiration souleva la poitrine de la jeune femme. Il se pencha vers elle pour guetter son retour à la conscience.

– Hikaru ! Reviens à toi ! Tu es en sécurité.

Elle papillonna des paupières plusieurs fois avant d’ouvrir enfin les yeux. Son regard trouble peinait à fixer son attention.

– Hiro ?

– Oui ma puce. Tu nous as fait une belle frayeur, tu sais.

– Je dois rejoindre Kôji, dit-elle en essayant de s’assoir.

– Ce n’est pas le moment. Tu dois rester allongée pour garder le bébé bien au chaud.

Il appuya sur ses épaules pour la recoucher. Elle se débattit.

– Non, tu ne comprends pas. C’est important, urgent.

Alors qu’il la maintenait sur le lit, Plagrah entra.

– Eh bien, ma fille. Quel est donc ce vacarme ?

– Aide-moi à aller au point zéro. Kôji a besoin de mon médaillon.

Il soupira et s’assit sur le bord du lit.

– Tu permets avant que je t’ausculte ? J’aimerais vérifier que tes paramètres sont revenus à la normale.

Elle se calma sous la voix douce du sorcier.

– Comment va le bébé ? demanda-t-elle anxieuse.

– Il est effrayé. Il a besoin de la force de sa maman.

Elle baissa la tête, coupable tandis qu’il passait ses mains au-dessus de son corps

– Je démarre mal mon rôle de protection.

– Les temps ne sont pas adéquats pour une nouvelle vie, c’est un fait, mais il est là et nous allons faire notre possible pour le maintenir en vie. Il est votre… notre futur. Qu’as-tu perçu que tu dois rejoindre Kôji ?

– Mon médaillon accolé au sien doit permettre de débloquer un contre-sort. C’est du moins ce que la Déesse m’a dit. Kuroi Akuma va frapper d’un instant à l’autre. Il faut libérer Fleed.

– Bien. Cette fois, je vais t’accompagner quoi qu’en pense la Déesse. Je ne peux pas te laisser faire le voyage seule.

Il récupéra sur la table près du lit un peu de nourriture qu’il lui tendit et versa une préparation odorante dans un verre en terre. Elle grimaça et se força à l’avaler.

– La présentation à ton peuple se fera plus tard. Caspéric, tu interdis à quiconque d’entrer dans cette pièce jusqu’à notre retour.

Le commandant de L’Ange Rebelle acquiesça.

– Prête ?

– Oui, Kôji a gardé le lien actif.

– Bien, je te donne ma force pendant que tu nous emmènes.

Sous les yeux de Caspéric, Hikaru et Plagrah s’effacèrent petit-à-petit.

(à suivre)

La Complainte d’un pays lointain – 26

Chapitre 26

Le brouillard de poussière et la lueur orangée du feu empêchèrent Hikaru de distinguer le lieu où elle avait atterri. Elle porta une main à son ventre et une autre à sa bouche pour réprimer les hauts-de-cœur. Elle resta accroupie, le temps de retrouver son équilibre et profita pour examiner l’environnement. Devant elle, des hommes habillés de pagnes, la peau tatouée de symboles en spirales, dansaient autour du feu. Ils criaient ou plutôt, découvrit-elle, ils chantaient d’une voix très aiguë en accompagnant les puissants tambours dont le son se répercutait sur la vallée. Les femmes assises en cercle participaient à la fête. Elles claquaient des mains pour les encourager, mangeaient et buvaient en se passant les plats à tour de rôle. De temps en temps, elles regardaient du côté de Hikaru et lançaient des déchets dans sa direction. La jeune femme tourna la tête et ce qu’elle vit, la paralysa. Takeushi était debout près d’elle, attaché à un poteau. Ses vêtements en lambeaux montraient de longues déchirures sur tout le corps. Le sang coulait le long de son torse d’une blessure profonde de dix centimètres qui partait de la base de son cou et s’étendait jusqu’au haut du bras et dont les chairs écartées exposaient l’os. Il avait les yeux fermés, les traits tirés sous la souffrance. Une lanière siffla devant ses yeux. Elle recula pour l’éviter mais le fouet passa à travers elle pour claquer sur le ventre de son ami. Elle était pétrifiée et le malaise qu’elle éprouvait depuis son voyage s’accentua. Elle tendit une main pour toucher un pied toujours chaussé de botte. Takeushi trembla. « J’ai le pouvoir de le sentir », se dit-elle rassurée. « Je dois profiter que les Kaimoni ne puissent pas me voir pour le libérer. Ensuite… ». Elle secoua la tête. Elle ne savait pas comment elle allait le sortir de là. Aurait-elle assez de force pour l’emmener par téléportation comme le faisait Plagrah ? Il lui avait expliqué les grandes lignes mais elle n’avait pas eu le temps de s’exercer. Un autre claquement de fouet attira son attention à la gauche de son ami. Un autre prisonnier subissait le même sort. Il était encore conscient et fixait un point à l’horizon. La douleur lui fit fermer un instant les yeux. Il avait une prestance et un charisme que la souffrance ne vainquait pas. Elle remarqua une tension sur les muscles de ses bras et un léger frémissement. Elle s’approcha doucement sur les genoux et posa une main sur son avant-bras, en gardant les yeux sur son visage. Il sursauta et baissa le regard vers elle. La surprise s’inscrivit  dans son unique œil marron aussitôt remplacée par un éclair de souffrance. Elle le contourna et distingua la petite lame entre ses doigts glissant du sang des écorchures qu’il provoquait en coupant la corde. Elle prit l’objet et sectionna les derniers brins. Il attrapa aussitôt un poignet pour garder l’illusion des bras attachés.

– Je suis Hikaru, chuchota-t-elle. Est-ce que vous m’entendez ? Serrez les doigts pour me répondre.

Harlock réagit positivement.

– Je vais libérer vos pieds et ensuite, je m’occuperai de Takeushi.

Il bougea à nouveau les doigts. Elle se redressa sur la pointe des pieds pour se mettre à sa hauteur et colla son oreille à ses lèvres asséchées.

– Comment ? distingua-t-elle dans le murmure rauque qui s’échappait de la bouche fine.

– Il y aura une diversion, le temps que je vous fasse disparaître.

– Dois… récupérer… armes…

– Ce n’est pas le moment.

– Important…

Elle le regarda, un sourcil relevé. Les traits tirés malgré la souffrance montraient la détermination.

– Têtu, commenta-t-elle simplement. Ok, si vous savez où elles sont et si elles ne nous empêchent pas de partir d’ici.

Elle s’accroupit et s’attaqua aux liens qui retenaient les chevilles au poteau. Alors qu’elle terminait de rompre le dernier fil, une explosion retentit et une pluie fine tomba sur le camp. Les Kaimoni arrêtèrent aussitôt leur cérémonie et commencèrent à s’agiter. Ils se regroupèrent puis s’éloignèrent vers le bruit qui continuait à gronder à plusieurs kilomètres de là. Les femmes, affolées, rentrèrent dans leur cahute, ressortirent avec d’autres armes et suivirent les guerriers. Le camp fut vidé rapidement. Harlock s’affala sur le sol, les mains trop faibles pour retenir sa chute. Il se mit sur les genoux puis s’assit et massa ses poignets. Hikaru se précipita vers Takeushi. Elle caressa son visage en contournant la cicatrice de sa joue gauche.

– Take, est-ce que tu m’entends ? C’est moi, Hikaru. Je vais te détacher.

Un frémissement parcourut ses paupières. Un sourire s’imprima sur sa bouche.

– Hikaru… Toujours là pour m’aider dans les pires situations… souffla-t-il.

– Garde tes forces.

Elle entreprit de scier la corde qui liait ses mains quand une ombre cacha la lueur du feu. Elle leva les yeux vers Harlock qui attachait un pistolet et une épée autour de sa taille. Pendant qu’elle s’occupait des pieds, il entoura le jeune homme par les épaules pour le maintenir et l’allongea sur le sol. Hikaru lui prit les mains et les malaxa pour faire revenir la circulation. Harlock revint avec une calebasse remplie d’une boisson pétillante alcoolisée et un plat de fruits. Il en proposa à Takeushi qui engouffra rapidement quelques morceaux en laissant le jus couler le long de sa mâchoire. Aucune parole ne fut échangée, réservant les explications pour plus tard. La jeune femme déchira des lambeaux de vêtement, les mouilla de la boisson alcoolisée à défaut d’eau et nettoya rapidement l’épaule blessée. Elle fit ensuite rapidement un pansement et noua une écharpe autour de son cou pour y maintenir le bras afin d’éviter des mouvements brusques. Elle examina ensuite les autres blessures qui étaient moins graves qu’elle le supposait. Elle appela ensuite Harlock qui déambulait dans le camp à la recherche d’armes et lui fit signe de s’assoir à son tour. D’abord réticent, il traina les pieds jusqu’à elle devant son regard insistant. Elle s’occupa d’une déchirure à la jambe qui le faisait boiter malgré son effort apparent pour ne pas le montrer.

– C’est rudimentaire mais ça ira pour l’instant. Nous n’avons pas beaucoup de temps mais j’aimerais quand même connaître votre nom.

– Harlock, Capitaine pirate de l’Arcadia.

– Hikaru, amie de Takeushi.

– Il m’a beaucoup parlé de vous. Que proposez-vous maintenant ?

Elle baissa les yeux vers Takeushi qui la fixait tendrement tout en lui caressant la paume de sa main.

– Je vais vous transporter vers la porte des morts qui est l’entrée du temple de Kuroi Akuma. Vous devrez ensuite vous débrouiller seuls sans vous faire capturer une seconde fois.

Perplexe, Harlock émit un doute.

– Et le transport va se faire avec…

– C’est là que ça se corse. La première fois, l’expérience n’est pas agréable. Alors une première fois avec une novice… je croise les doigts pour que tout se passe correctement.

– Eh bien, allons-y parce que les Kaimoni ne vont pas rester éloignés longtemps. C’est d’ailleurs étrange que tout le monde soit parti sans nous surveiller.

La jeune femme esquissa un sourire.

– La Déesse nous aide…, répondit-elle sans préciser sa pensée.

***

Goldorak était dans le compartiment arrière de la soute de décollage des navettes du cuirassé de guerre « Calypso » qui le transportait. Kôji et Yori examinaient les plans des différentes armes qui étaient stockés dans la mémoire du robot. Ils avaient à nouveau regardé la vidéo d’Actarus présentant les combats auxquels il avait été confrontés. Ils devaient maintenant envisager la construction des missiles pour renouveler le stock ainsi que la matière GREN qui protégeait la coque de la soucoupe et l’entièreté de la carapace de Goldorak. Quand il était seul, ce n’était pas rare que Kôji, assis sur le fauteuil dans le cockpit du robot, discutait avec Fleed et lui racontait les grandes lignes historiques depuis l’abandon de la Terre. Il ne recevait aucune réponse en dehors d’un grincement qu’il percevait comme un gémissement. Il avait conscience que le temps pressait. S’il n’avait tenu qu’à lui, il serait parti en avant mais le commandant du cuirassé lui avait assuré qu’il dirigeait son vaisseau vers Euphor à vitesse maximale. Ils approchaient de la porte de la Croix du Sud qui servait de frontière et de passage entre la galaxie où se situait Euphor et le système solaire.

– Ici et là, nous devrons renforcer la carrosserie, remarqua Yori en pointant du doigt la base des ailes de la soucoupe. Il ne faut pas oublier non plus que tu seras seul. Je ne pourrais pas construire un appareil comme ceux de la Patrouille de l’époque pour s’arrimer à toi et t’épauler. Je n’ai pas les éléments nécessaires et nous manquons cruellement de temps. Il est dommage que ces engins n’aient pas pu être conservés comme Goldorak.

– Oui. En même temps, le combat va être différent. Je suis intrigué du fait que le nuage noir ne nous poursuive pas. Il arrive à anéantir une planète ou pulvériser des escadrilles. Pourquoi nous laisse-t-il tranquille ? Où est-il ? Kortchak n’a certainement pas conscience que le combat est à un niveau supérieur. Il sévit à petites échelles vu les types de golgoths qu’il envoie. Là, l’enjeu est autre : un combat face à face entre divinités.

– Tu viens peut-être de donner une explication à l’absence de Kuroi Akuma. Ils n’ont pas réussi à vaincre Fleed dans la carapace du robot. Question d’honneur, Kuroi Akuma ne veut pas gagner aussi facilement en pulvérisant son ennemi de cette manière.

– Il aurait pu faire cela quand je suis sorti du Centre sur Terre. Pourquoi attendre que je sois sur Euphor ?

– Aucune idée. Ça me dépasse un peu, je dois dire.

Ils se dirigèrent vers le laboratoire qui avait été installé à la demande de Kôji. En peu de temps, les scientifiques avaient créé les prototypes des missiles Gama utilisés sur la soucoupe et commençaient leur production. Ils avaient intégré un détonateur particulier qui s’enclenchait dès que l’arme atteignait sa cible et qui la perforait en profondeur tout en la faisait exploser.

– Appel à tout l’équipage. Nous passons la porte dans dix minutes. Veuillez rejoindre vos postes, annonça la voix du Second via le haut-parleur.

Kôji et Yori quittèrent le niveau du hangar et parcoururent les étages pour rejoindre la passerelle de commandement où ils s’installèrent à leur poste de tir.

– Les travaux avancent ? s’enquit le Commandant Morgan.

– Oui, le professeur Cyprien a fait du bon travail en peu de temps, assura Kôji. Aucune nouvelle des ennemis ?

– Non, la bataille que nous avons menée dans l’orbite de la Terre leur a suffi visiblement.

– Si je peux me permettre, préparons-nous à la sortie de la Croix du Sud. Je ne serais pas étonné qu’ils nous attendent là-bas.

– Entrée dans la porte dans une minute, informa le Second.

– Tous à vos postes de combat, ordonna le Commandant. Soyez vigilant. Chef radar, gardez un oeil sur vos appareils.

– Commandant, dois-je me préparer à sortir Goldorak ? demanda Kôji.

– Non, tu auras besoin de ses capacités quand nous serons sur Euphor, autant ne pas l’abîmer même s’il est dit qu’il est invincible. Ce cuirassé est puissant et sait se défendre, nous devrions y arriver.

– Attention, contact avec la porte dans 3, 2, 1, c’est parti.

Malgré la puissance du vaisseau, les hommes ressentirent la pression et la vibration que subissait la carlingue pendant la traversée du tunnel qui dura dix heures. Eux même ne devaient leur équilibre qu’en restant assis et sanglés sur leur fauteuil. Les corps, pourtant habitués depuis le premier passage de l’aller vers la Terre, furent mis à rude épreuve, assujettis à la somnolence qui emportait leur vigilance. Enfin, le bout du tunnel apparut. Kôji qui luttait contre une migraine, se redressa et affermit ses mains sur les manettes de tir des canons qu’il avait en charge. Son écran n’indiquait encore aucun intrus, les ondes perturbaient encore les radars inter-spatiaux.

– Sortie dans cinq minutes, les prévint le Second. Préparez-vous à une attaque.

La tension montait parmi les hommes qui se frottaient les yeux et s’agitaient pour se réveiller.

– Sortie dans une minute.

Le temps s’égrenait sur l’écran géant qui prenait toute la largeur de la passerelle et projetait la lumière réfléchissante de l’étoile qui servait d’astre solaire au système euphorien.

– Sortie dans 30 secondes… 20 secondes… 10 secondes… 5, 4, 3, 2, 1…

Une dizaine de vaisseaux arborant des drapeaux rigides à la tête de morts leur faisaient face comme prévu et lancèrent aussitôt l’offensive. Le Calypso trembla sous l’impact des faisceaux rouges. Des alarmes sonnèrent sur le poste de l’opérateur-radar.

– Le flan bâbord touché, mon Commandant.

– Quels sont les dégâts ?

– Les missiles Alphas sont hors circuit. La coque est affaiblie à 10 %. Aucune pénétration.

– Bien. Préparez à tirer les canons 3 et 4 au centre de leur formation.

Kôji visa sa cible et attendit l’ordre final pour déclencher les canons de la tourelle 3. Le feu croisé du Calypso mit à mal deux ennemis qui battirent en retraite. Le combat continua pendant une heure, incertain quant à l’issu malgré la destruction ou les avaries causées à l’adversaire. Le cuirassé de la Confédération s’en sortait bien, mais il devait naviguer en protégeant son flanc bâbord qui avait le plus souffert en plus d’un moteur mis hors circuit. Le coup final fut donné par l’action simultanée des tourelles supérieures dirigées par Kôji et Yori. Le commandant remercia son équipe et attendit les rapports des dégâts de la salle des machines.

– Il vous faut réparer les appareils au plus vite. Je sais que vous êtes fatigués mais nous sommes dans la zone sensible surveillée par l’ennemi. Il peut à nouveau surgir à tout moment, enjoignit Morgan. Capitaine Kabuto et Doublecat, veuillez rester, s’il vous plait.

Les deux amis attendirent près des escaliers montant au poste du Commandant que leurs collègues quittent la passerelle. Morgan les rejoignit, les mains derrière le dos.

– Je sais que vous ne faites pas partis de cet équipage. Je voulais vous remercier pour votre travail d’équipe.

– Nous sommes militaires avant tout et il est de notre devoir d’aider nos compagnons à combattre.

– Nous devrions arriver dans 48 heures. Cela vous laisse peu de temps pour terminer les réparations et finaliser le stock d’armes du robot. Capitaine, êtes-vous sûr pour les coordonnées que vous m’avez données ?

– Oui. Mon ancêtre a mis toutes les informations dans l’ordinateur central de Goldorak. Je l’ai appelé le point zéro car c’est là que tout va recommencer.

– J’espère pour vous. Allez-vous reposer maintenant.

***

Hikaru tenait encore la main de Takeushi quand elle posa les pieds près de la porte des morts. Le nom portait bien son nom mais elle ne vit rien occupée à réprimer l’étourdissement de la téléportation double qu’elle avait menée. De son côté, le jeune homme s’affala au sol dans un amoncellement de débris. Il serrait dans son autre main l’arme qu’Harlock lui avait donnée avant le départ. Il soupira d’être enfin arrivé, ce mode de transport avait été aussi éprouvant que le passage dans le trou noir. Cependant, quand il ouvrit les yeux, il se redressa brusquement, ouvrant à nouveau la blessure à l’épaule. Il se trouvait dans le même endroit que le cauchemar dont il avait été l’objet quelques nuits plus tôt. Un gémissement attira son attention vers sa jeune amie. Hikaru était agenouillée et vomissait le peu qu’elle avait dans son estomac. Il s’approcha d’elle et mit sa main sur sa nuque.

– Oh ma douce !

– Ça va Take. C’est la conséquence du voyage peu de temps après le premier.

– Tu vas savoir chercher Harlock?

– Il le faut bien.

Un pincement au ventre la courba un peu plus.

– Hikaru ! Que se passe-t-il ?

– Rien. Ça va passer…

Le visage pâle, les traits tirés, la transpiration coulant le long de ses joues, elle regarda le paysage qui s’offrait sous ses yeux. Elle fut à nouveau prise de vertiges.

– Quelle horreur ! Qu’est-ce que c’est ?

Une lueur apparut devant elle et dévoila la Déesse.

– Une partie des enfers. Les êtres vivants dont Kuroi Akuma se nourrit et qu’il jette quand il n’en a plus l’utilité. Peu en réchappe une fois qu’ils passent cette porte.

Hikaru cacha son visage contre Takeushi qui la soutenait.

– Prima, il faut aller chercher Harlock. Les Kaimoni vont bientôt revenir. Donne-moi ta main. Tu es à bout de forces. Je vais t’aider.

En attendant que Hikaru et l’apparition divine reviennent avec le Capitaine, Takeushi affermit la poigne sur son arme, scrutant les horizons. Au loin, un nuage de poussières s’étendait et se rapprochait rapidement. Il se positionna près d’un montant de la porte et attendit. La douleur de son bras se propagea sur tout le corps provoquant une migraine qui commençait à envahir son crâne. Les doigts sur la gâchette de son fusil tremblaient sous le stress de l’attente. Soudain, l’espace sur sa droite se troubla et il vit se dessiner deux silhouettes, nimbées d’une lumière dorée. Agenouillé, Harlock tenait Hikaru dans ses bras. Elle avait la tête penchée en avant, évanouie. Takeushi se précipita et la dégagea des bras du pirate.

– Elle est épuisée, s’inquiéta-t-il. Mais il faut qu’elle reparte rapidement. Regarde devant.

Harlock examina le nuage trop proche à son goût. Lui aussi ressentait les effets des privations, des tortures et du voyage peu commun qu’il venait de subir. Il luttait contre son corps qui ne demandait que le repos. Il avait connu des situations semblables et savait y faire face. Il se souciait, par contre, de la jeune fille qui avait perdu connaissance dès qu’ils étaient arrivés. Heureusement, une chaleur continuait à les englober, les protégeant un instant encore de l’enfer qui se dessinait sous ses yeux.

– Merci, dit-il à la Déesse. Reprenez-la vite et conduisez-la en sécurité.

– Pénétrez à l’intérieur et dirigez-vous au cœur même du temple. Fermez-vous aux gémissements, effleurements et visions qui se manifesteront devant vous. N’hésitez pas malgré les visions qui vous submergeront. Ton vaisseau t’attendra à la fin de ce défi.

Rassuré par les conseils de la Déesse, il se leva, ajusta ses armes et partit au-devant de la porte, indifférent aux os brisés sur le sol et aux mouvements vagues du mur qui entourait l’entrée du temple de Kuroi Akuma.

Takeushi embrassa Hikaru sur la bouche au moment où elle disparaissait sous la douce lumière jaune puis il rejoignit son compagnon qui poussait déjà la lourde porte en chêne.

(à suivre)

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